James Dîne _

Regarder à droite puis à gauche. Etre certain qu’il n’y a aucun risque, aucun danger. Et l’embrasser, furtivement. Accompagner chaque geste d’amour en public par une crainte, une appréhension. Aller vite, le faire et avoir peur. Se sentir jugé, observé, dévisagé. Voir les autres se faire tabasser, tuer. Ne plus oser et finir par se cacher.

Etre amoureux ça ne devrait pas être ça. Etre homosexuel, ça ne devrait pas être ça. Pourtant, ça l’est, quotidiennement. C’est se mettre en danger chaque jour en tenant la main de quelqu’un. C’est défier la rue en étant trop proche de sa moitié. C’est provoquer les bien-pensants en s’aimant, simplement.

Je suis horrifié de la recrudescence des agressions homophobes en France ces derniers temps. Une multiplication d’actes dirigés vers la communauté LGBTQA+, une multiplication d’actes effroyables, lâches et inhumains. Une multiplication d’actes homophobes au nom de quoi ? Juste au nom de l’amour, de l’intolérance, de la différence. Une multiplication d’actes mais aussi une parole qui se libère, des victimes qui osent parler, qui ne se cachent plus. Des témoignages qui sont plus que nécessaires pour permettre de dénoncer, de pointer du doigt, de sortir de l’isolement ceux qui sont également victimes de ces attaques. Des voix nécessaires pour crier : laissez nous tranquilles, libres et visibles !

Voir cette publication sur Instagram

Une publication partagée par Romain Costa / Architecte (@romaincosta_) le

Il y a quelques jours, j’ai publié sur mon compte Instagram une photo qui a tout déclenché : une roucoulade architecturale, une photo douce, que je croyais légère. Pas si légère que ça visiblement… Des retours plein d’amour, de la bienveillance, du courage, il y en a eu un paquet, des tonnes ! Du désamour, des insultes, des mots durs, très durs, ça aussi il y en a eu, beaucoup… Alors je me suis dit qu’il fallait faire quelque chose, qu’on ne pouvait pas les laisser gagner, qu’on ne pouvait pas les laisser nous voler nos baisers, qu’on devait continuer à nous aimer, à le montrer. Qu’il fallait agir, nous soutenir, nous réunir. Qu’à ma petite échelle, j’avais aussi un rôle à jouer, que je pouvais vous en parler. C’est à ce moment qu’est venue l’idée de @_JamesDine_, un compte Instagram pour s’exprimer, témoigner, se retrouver. Un espace de convivialité virtuelle mais qui très vite allait devenir réel. Depuis plusieurs années déjà je m’engage pour des actions qui me tiennent à coeur autour des thèmes LGBTQA+ et plus particulièrement autour des actions menées par une association : le Refuge.
Le Refuge accompagne et héberge les jeunes gays, lesbiennes et personnes transidentitaires en situation d’errance en leur permettant de sortir de la situation de rupture dans laquelle ils se trouvent. C’est la seule structure en France, conventionnée par l’État, à proposer un hébergement temporaire et un accompagnement social, médical, psychologique et juridique aux jeunes majeurs victimes d’homophobie ou de transphobie. Tout comme ces jeunes qui parfois ne savent pas vers qui se tourner, se sentent seuls, démunis, vous êtes nombreux à m’écrire chaque jour pour me dire que vous manquez de soutien et d’écoute. Que vous aussi vous avez peur, que parfois vous aussi vous auriez bien besoin d’un peu de courage. Alors quoi de mieux que de se retrouver pour en parler ? En parler et dîner, entre amis. « James Dîne », un client d’oeil à l’acteur James Dean, était né. L’idée ? Inviter tous les mois cinq jeunes du Refuge ainsi que cinq personnes parmi mes abonnés pour être ensemble, discuter, se sentir moins seul, partager un moment de convivialité et parler d’une autre manière de la communauté LGBTQA+.Le premier dîner a été lancé quelques jours après avoir créé le compte James Dîne. Ouvert évidemment à tous, c’est Chez Justine, un restaurant parisien, que nous nous sommes retrouvés. Entourés des jeunes du refuge, des convives qui avaient été tirés au sort et de Johan, un bénévole de l’association, c’est un moment plein de convivialité, de chaleur et d’engagement que nous avons partagé ensemble. Certains se sont confiés, d’autres ont posé des questions, mais tous nous étions là pour passer un bon moment, en nous sentant libre d’être qui nous sommes. Libres et visibles.

Voir cette publication sur Instagram

Une publication partagée par James Dine (@_jamesdine_) le

Rapidement, le compte @_Jamesdine_ est également devenu un lieu où montrer notre amour, tous les amours. Un compte où quotidiennement sont partagés des bisous, des témoignages : vos bisous, vos témoignages. Un mouvement qui je l’espère prendra de l’ampleur, pour que nous inondions Instagram d’un message de tolérance et pour que, qui sait, nous puissions dîner tous ensemble aux quatre coins de la France !


Comment participer à un dîner James Dîne :

  • Suivre le compte Instagram @_JamesDine_ pour être au courant de la prochaine date du dîner.
  • Commenter la photo qui annonce le dîner en donnant votre prénom et vos restrictions alimentaires (important quand on organise un dîner pour une quinzaine de personnes).
  • Croiser les doigts et attendre le tirage au sort !
  • Evidemment, les inscriptions sont ouvertes à tous ceux qui souhaitent participer aux dîners, LGBTQA+ ou non.

Comment envoyer vos témoignages / photos pour être posté sur @_JamesDine_ :

  • Envoyer votre témoignage par mail : jamesdine.paris@gmail.com
  • N’oubliez pas de mentionner vos prénoms et comptes Instagram
  • Si vous envoyez à plusieurs, demandez bien l’accord de chaque personne présente sur la photo.

Pour parler, se confier, agir ou s’informer :

  • SOS Homophobie (Association nationale de lutte contre la lesbophobie, la gayphobie, la biphobie et la transphobie) : ICI
  • Le Refuge (association venant en aide aux jeunes rejetés par leur famille) mais également aux victimes d’homophobie ou de transphobie : ICI
  • Urgence homophobie ( anciennement Urgence Tchétchénie) a pour but de lutter contre toutes les LGBTQI-phobies dans le monde, d’accueillir et d’accompagner en France les personnes LGBTGI+ qui ne sont pas libres de vivre leur identité ou leur sexualité dans leur pays. ICI
  • La FÉDÉRATION LGBTI+ : solidarité entre associations ICI
  • L’Ardhis a pour objet de faire reconnaître les droits au séjour et à l’asile des personnes homosexuelles et transsexuelles étrangères. ICI
  • STOP homophobie  ICI
  • Le Centre LGBT Paris Île-de-France,  ICI
  • Actu Gay : Toute l’actualité gay et lesbienne de votre cité : ICI
  • Lesbo Actu : Toute l’actualité lesbienne de votre région : ICI
  • ADHEOS : Centre LGBT à Saintes, La Rochelle, Angoulême. ICI
  • Centre LGBT Orléans : ICI
  • Aides : association française de lutte contre le VIH et les hépatites virales ICI
  • L’association nationale transgenre (A.N.T.)  ICI
  • Centre LGBT Côte d’Azur : ICI
  • Centre LGBT Rennes : ICI
  • Équinoxe Nancy  : association LGBTI+ de la ville et du sud lorrain.ICI
  • Exaequo, Centre LGBT Reims  ICI
  • Le GIROFARD, centre LGBT Aquitaine ICI
  • J’En Suis, J’Y Reste – Centre LGBTQIF de Lille Nord – Pas de Calais ICI
  • POLYCHROMES  : association culturelle créée en décembre 2006 dans les Alpes Maritimes  ICI
  • QUAZAR, Centre Lesbien, Gay, Bi, Trans d’Angers : ICI
  • Centre LGBTI Lyon : ICI

Voir cette publication sur Instagram

Samedi, je me suis assis inconsciemment à coté d’un moment éprouvant. Ma voisine de métro, la quarantaine, l’air sympathique, avait envie de parler. Dans les transports, je dois donner l’image de quelqu’un qui écoute : bien souvent, on me parle. Ce qu’elle m’a dit, elle, j’aurai préféré ne pas à avoir à l’entendre. Elle a commencé par me questionner sur ma lecture pour vite dévier. Elle avait l’air intéressée la bonne femme. Elle avait l’air d’avoir envie de savoir qui j’étais, ce que je faisais. Visiblement savoir qui j’aimais, elle s’en serait bien passé. Architecte, elle était impressionnée. Elle s’y connaissait, elle était cultivée. En couple, ça ne l’a pas dérangée, elle n’était pas là pour me séduire, elle aussi l’était. Homosexuel, son regard a changé. Sa parole s’est transformée. Elle s’est mise à me tutoyer. Me blâmer pour une marche qui se déroulait au même moment juste au dessus de nos têtes mais qui n’avait pas lieu d’être. Elle était en forme la bonne femme, elle n’a pas lésiné sur les termes : durs, directs, douloureux. Avec la violence de ses mots, dans un métro bondé, elle m’a immobilisé. Je n’arrivais plus qu’à écouter, encaisser, sans parler. Je suis rentré chez moi avec ce truc qu’elle m’avait laissé ds les bras, encore choqué de m’être senti si honteux, désarmé, moi qui suis d’ordinaire blindé. Je me suis croisé dans le miroir et je me suis regardé avec un peu moins d’amour que d’habitude, comme un peu sali. J’ai vu le reflet d’un enfant blessé qui se sentait seul, pas à la bonne place, qui n’avait rien demandé, qui avait été violenté. J’ai vu cet enfant et j’ai eu envie de le prendre dans les bras pour lui dire que ça aller passer. Il y a qqes jours ont m’a dit que la marche des fiertés, ça commençait à « soûler », qu’elle divisait plus qu’elle unissait et que même, elle nous desservait, nous les LGBT. Que c’était une caricature de « pédés », que ça ne faisait rien évoluer. Que c’était de la « musique à fond » mettant en lumière une sexualité qui devait rester privée. Mais samedi j’aurai préféré marcher avec fierté, entouré d’amour, de couleurs et de bonne humeur plutôt que de prendre un métro gris et bondé avec une bonne femme à mes côtés..

Une publication partagée par Romain Costa / Architecte (@romaincosta_) le

Share

4 réflexions sur « James Dîne _ »

  1. Ta démarche et ce que tu dis est tellement important Romain, je pense que beaucoup de gens en ont besoin, aussi bien de la communauté LGBT mais aussi des gens hors de cette communauté, des gens comme cette bonne femme dans le métro. Le monde a besoin de plus d’etres humains comme toi.
    Merci pour ce que tu es

  2. J’ai trouvé votre initiative très belle et formidable, tout comme vous, je suis de plus en plus effarée par ces agressions quotidiennes, et je ne comprends pas, j’ai beau chercher, je ne comprends pas ce qui peut motiver cette haine!!! Mais qu’est ce que ça peut faire que 2 hommes ou 2 femmes s’aiment??? Soit ces débiles sont totalement paranos et se disent « oh mon dieu quelle horreur ils/elles vont me sauter dessus et me faire subir les derniers outrages!!!! », soit ce sont les relations sexuelles elles-mêmes qui leur posent un problème (j’ose même pas imaginer les leurs alors…) et il se disent « beurk!), mais merde, quand je suis en face d’un couple hétéro je ne me demande pas s’ils font la brouette thaïlandaise ou le tabouret chinois!!!, donc idem pour un couple gay ou lesbien, je m’en fiche de ce que les gens font avec leurs fesses du moment que ça se passe entre adultes consentants!

    J’ai été élevée dans le respect de l’autre quelle que soit sa religion, sa couleur de peau, son orientation sexuelle, ses idées politiques, sa condition sociale et que sais-je encore, et j’inculque la même chose à mes enfants de 19 et 12 ans (d’ailleurs ma fille a été choquée en 2012-2013 quand elle avait 13-14 ans par les neuneus de LMPT, elle ne comprenait pas qu’ils soient opposés au mariage pour tous).

    Il y a toutefois quelque chose que je reproche à mes parents : petite fille, vers 6-7 ans , je ne comprenais pas pourquoi le plus jeune des 3 frères de mon père, qui avait seulement 20 ans de plus que moi, n’était pas marié et on me répondait « oh il est jeune, il a encore le temps » etc etc (en fait, je rêvais d’être demoiselle d’honneur et de porter la traine de 15 mètres de long – au moins – de la mariée), la raison, je l’ai découverte toute seule comme une grande, à 12 ans en fouillant dans ses affaires (oui, je sais, c’est pas bien), dans sa commode où il rangeait ses super beaux pulls, j’ai senti un magazine, j’ai rigolé, pensant que c’était Lui ou Playboy, ah non, c’était Gai Pied :)) (d’ailleurs à l’époque je n’avais pas compris le jeu de mots!!) et vous savez quoi non seulement je n’ai pas été choquée, mais en plus je l’ai feuilleté de la première à la dernière page :))) (me suis quand même dit en voyant certains modèles bien gâtés par la nature « ah la vache, quand même!!!!!) :))))
    Et quand mes enfants m’ont posé la même question au même âge, je n’ai pas dit la même chose que mes parents, j’ai dit la vérité « Tonton Olivier, ne peut pas se marier, car il aime les garçons et pour le moment 2 garçons ne peuvent pas se marier ensemble » et ils avait à peu près 5 ans et ni l’un ni l’autre n’a été choqué (c’est pour ça que lMPT me fait bien rire – jaune- quand elle monte sur ses grands chevaux en disant « mais vous pensez aux enfants???)

    Et encore une dernière chose (je m’étale, je raconte ma vie 🙂 !!), il y a une chose que je ne supporte pas c’est quand on parle de « tolérance » ou « d’acceptation » de l’homosexualité, on n’a pas a accepté ou toléré, c’est dans la nature, c’est comme ça, point barre : on ne tolère pas que le soleil soit jaune, c’est comme ça, un point c’est tout!!

    Pour en revenir à votre initiative, et puis zut, je te tutoie, j’ai l’impression d’être une vieille rombière (bon OK, je vais avoir 50 ans dans 6 mois …), je trouve ça génial de faire cela avec Le Refuge( encore un truc que je ne comprends pas : comment peut-on mettre à la porte son propre enfant parce qu’il n’a pas la même sexualité que nous ??? Ca me dépasse!!!), ces jeunes gens, en plus des insultes et agressions qu’ils peuvent subir, ont tellement besoin d’amour, d’attention, d’être aidés et entourés afin de regagner l’estime d’eux-mêmes.
    Mais je dois te dire quand j’ai vu ton post sur Instagram, j’ai eu peur : vu que tu avais donné le nom du restau, la date et l’heure, et je me suis dit « hé si un ou plusieurs des connards qui t’ont insulté sous ta magnifique photo avec ton compagnon, venaient et foutaient la merde?? » et ce n’est pas normal d’avoir peur pour ça.

    Là encore je n’arrive pas à imaginer ce que ça doit être d’avoir peur de tenir la main ou d’embrasser la personne qu’on aime dans la rue (me suis seulement faire engueuler par une vieille de 30 ans (sic!) quand j’avais 15 ans, car avec mon petit ami de l’époque, on se roulait un patin d’anthologie :))) sur le coup on a été mortifié, puis 5 minutes après on a rigolé et on a oublié, mais ce prendre des insultes, des coups, ça jamais je ne l’accepterai!

    Alors longue vie aux James Dîne, beaucoup, énormément de soutien!!!

    Catherine

    1. Merci beaucoup pour ton témoignage, sensible, fort et tellement positif. Ça donne beaucoup de courage de voir qu’il y a des gens qui pensent comme toi : on va finir par réussi à le faire changer ce monde :). En tout cas, merci, tu as réussi à me faire rire dès le matin !
      A bientôt pour un James Dîne j’espère !

      R_

Répondre à Elsa Annuler la réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.