A toi, Gauthier _

Pour célébrer le mois de fierté, un média m’a demandé d’écrire une lettre ouverte sur un thème lié à la lutte LGBT+. Cette lettre, je te l’écris à toi, Gauthier. A toi et à tous ceux qui dans leur vie, ont un jour été un Gauthier. Je vous laisse écouter la suite mais il est important de se rappeler que l’homophobie est présente partout, dans tous les milieux, à tous les âges, dans toutes les cultures. Que l’homophobie tue. Directement, institutionellement à certains endroit. Mais elle tue aussi par d’autre biais et le harcèlement dans les écoles est bien souvent pris à la légère. Le taux de suicide chez les jeunes LGBT+ est bien plus élevé que chez le reste de la population du même âge. Pour que cette homophobie cesse, il n’est pas seulement de notre ressort, à nous, membres de la communauté LGBT+, de faire prendre conscience, d’ouvrir les yeux, d’éduquer. Ce travail, il doit être fait avec le soutien d’alliés. Tout le monde peut l’être. Tout le monde devrait l’être. Rendez-vous sur mon autre compte @_jamesdine_ pour donner de la visibilité à vos baisers, à nos baisers et suivre la reprise des dîners, dès que nous le pourront.

(Sur cette photo, j’ai un peu moins de 12ans mais visiblement déjà un gout prononcé pour le drama 😄 / le morceau de musique est « experience » de Ludovico Einaudi).

 

 
 
 
 
 
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Une publication partagée par Romain Costa (@romaincosta_) le


 Cette lettre, je te l’écris à toi, Gauthier. A toi et à tous ceux qui dans leur vie, ont un jour été un Gauthier.

Tu étais blond, comme moi. Tu avais les yeux bleus, comme moi. Tu étais issu d’une bonne famille, comme moi. Tu avais 12 ans, comme moi.

Sauf que toi, tu aimais les filles. Sauf que toi, personne ne t’insultait dans la cour de récrée. Sauf que toi, tu ne t’es sûrement pas rendu compte de tout le mal que tu m’as fait en me traitant continuellement de « pédé ». Sauf que toi, tu n’étais pas persécuté.

On avait 12 ans.

C’est toi, Gauthier, que je vois quand je ferme les yeux et que je repense à tout ce que j’ai enduré, enfant, adolescent. C’est toi, Gauthier, que je vois quand je me fais aujourd’hui agresser, insulter, rabaisser. C’est toi et toute ma vie ce sera toi et ton visage machiavéliquement angélique qui restera gravé dans mon esprit : une peine maximale, la perpétuité.

Toi, tu m’as sûrement oublié. Toi, tu ne te souviens probablement pas des insultes que tu me lançais. Toi, tu n’as jamais été inquiété. On ne t’a jamais repris sur ce que tu disais. Pire, souvent, toi, le caïd bourgeois de la cour de récré, on t’écoutait, on te suivait, on t’adulait.

Moi, je rentrais chez moi et je pleurais. J’avais envie de me tuer. Je constatais à chaque instant cette “anormalité” que toi, Gauthier, tu ne cessais de me rappeler. Comme si ma sensibilité t’attaquait, toi, dans ta virilité. Comme si mes 12ans valaient bien moins que les tiens.

Sais-tu à quel point il est dur de se demander si ses proches vont continuer de nous aimer lorsqu’un jour on va leur annoncer le nom de notre moitié ? Te rends-tu compte qu’à chaque instant, dans la rue, j’ai peur de rencontrer un Gauthier, plus violent que celui que tu as été ? As-tu conscience que tes mots m’ont brisés et qu’il m’a fallu un temps fou pour arrêter de me détester ? As-tu déjà réalisé que tu aurais pu me tuer et que cette putain d’homophobie que l’on t’a inculquée, tu l’as probablement gardée et que peut-être même que tu continues à la diluer ?

Mais toi, Gauthier, peut-être qu’aujourd’hui tu peux devenir un allié. Peut-être que toi, l’enfant blond, comme moi, aux yeux bleus, comme moi, qui a grandi, mûri, comme moi, tu peux dire à tous les Gauthier que ça doit cesser. Que ce combat qui n’est pas le tien, tu vas t’en emparer et tu vas faire en sorte que plus personne ne donne l’envie à un enfant, de 12 ans, de se tuer.

Alors à toi, Gauthier, que j’ai un jour décidé de pardonner, je te demande de te lever. Je te demande de t’insurger, de te rendre compte que tu es privilégié. Que toi, avec tous les Gauthier, tu as le pouvoir de nous aider, de supporter, d’éduquer.

Car la lutte pour l’égalité, elle ne peut pas être gagnée que par ceux qui sont concernés. Elle a besoin d’être portée par ceux qui en sont le plus éloignés et par toi, Gauthier, le jeune garçon de 12ans qui je l’espère est devenu un adulte intelligent.

Cette lettre, je te l’écris à toi, Gauthier. A toi et à tout ceux qui dans leur vie, ont un jour été un Gauthier.

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